Primature : le dernier virage en RDC

Publié le par ACOVIG association des Congolais pour la justice

(Le Potentiel 10/03/2012)  

La nomination, le jeudi 8 mars 2012, de l’informateur par le Chef de l’Etat a pris tout le monde de court, même les plus optimistes de la Majorité présidentielle. Du coup, la course à la primature amorce le dernier virage.

La course à la primature est entrée dans sa phase finale. Dans les états-majors des partis politiques, chacun cherche à décrypter le message du chef de l’Etat. L’accès à la primature est nettement verrouillé. Seul le chef de l’Etat en détient le mot de passe. Charles Mwando Nsimba, député national et ministre sortant à la Défense nationale a désormais la lourde charge d’éclairer l’intelligence du chef de l’Etat pour le choix du futur Premier ministre. L’homme traîne un passé politique glorieux, fin expert de la territoriale où il a exercé à différents échelons jusqu’à celui du gouverneur de province.

La désignation de Mwando Nsimba ouvre le chemin à une série de tractations qui devaient, à terme, se solder par le choix définitif du futur chef du gouvernement. La Constitution de la République démocratique du Congo accorde un mois, avec possibilité de prolongation à l’informateur, pour répondre à la mission lui confiée par le chef de l’Etat. Compte tenu de l’urgence et de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve actuellement le pays, Charles Mwando Nsimba n’aura donc pas de raison de tirer en longueur sa mission.

Pour le moment, l’urgence de décanter la situation le plus rapidement s’impose au regard des vides créés au sein du gouvernement avec le départ de près de la moitié, 22 sur 46, de ses membres pour incompatibilité avec la fonction parlementaire.

La nature a horreur du vide. C’est à Mwando Nsimba que revient désormais la charge de le combler. Dans la course, les prétendants au trône peuvent donc se préparer pour l’assaut final. Car, l’on vient de s’engager dans le dernier virage avant la dernière ligne droite et les 100 derniers mètres de la ligne d’arrivée - vers la désignation du Premier ministre.

Les prochains jours promettent d’être de plus mouvementés en raison, dans un premier temps, de la reconfiguration de la Majorité au sein de l’Assemblée nationale, et de l’autre côté, de la gestion des ambitions au sein de la Majorité présidentielle, suivant son dernier format issu du dernier conclave de Kingakati.

RETOUR A LA CASE DEPART

Quelle leçon peut-on dès lors tirer du choix du président de la République d’un informateur ?

Premièrement, le choix de Mwando Nsimba prouve qu’à ce jour aucune majorité parlementaire n’a été encore constituée à l’issue des législatives nationales du 28 novembre 2011. Sinon, le chef de l’Etat n’aurait pas opté pour le choix d’un informateur, majorité s’étant clairement définie au terme des résultats provisoires de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Secundo, la décision du président de la République devait également mettre fin aux nombreuses agitations qui couvaient déjà dans la majorité présidentielle où ses principaux ténors se targuaient déjà d’une majorité juste après la proclamation des résultats par la CENI.

Apparemment, il n’en a été pas question. C’est ce que vient de confirmer de plus belle manière le président de la République en désignant une personnalité pour identifier réellement cette majorité aux fins d’agir en connaissance de causes dans le choix du futur Premier ministre. C’est dire qu’au sein de la MP, l’on vit presque un bal de chauves, étant donné que le président de la République vient de déjouer tous les scenarii envisagés jusqu’ici. Tout le monde a été ramené à la case départ, en attendant que le doyen Mwando Nsimba ne présente au chef de l’Etat les conclusions de son travail d’informateur. Il y a donc bien des surprises en l’air.

Est-ce que la MP résistera à ce vent violent qui souffle sur ses côtes ? Nul ne le sait.

Ce qui est vrai, c’est qu’à l’issue de la mission confiée à Mwando Nsimba, une nouvelle carte politique devrait se dessiner. Celle-ci devait en principe régenter l’espace politique congolais durant tout ce mandat. Insuffler une nouvelle dynamique politique jusqu’au prochain scrutin présidentiel et législatif national de 2016.

La tâche de l’informateur sera facilitée par les membres de la Mouvance présidentielle si jamais ils ne manifestent pas de signe de frustration. En témoigne ce dernier séminaire organisé par une tendance bien connue qui s’est permise de dégager une «majorité» au sein de la «Majorité présidentielle». Si cette manifestation relevait des calculs politiques visant la conquête de la primature, il y a des risques que l’informateur fasse appel à sa sagesse, à son second souffle politique pour mieux gérer cette situation.

Reste également à gérer les ambitions légitimes des autres partenaires de la MP qui ont pignon sur rue. Allusion faite ici au MSR, au PALU, à l’AFDC, à l’ARC qui sont des réalités politiques et disposent d’un nombre important de députés.

L’informateur a l’obligation politique d’être à leur écoute dans cette volonté de dégager cette majorité parlementaire. Une majorité qui devra être cohérente de manière à évoluer harmonieusement. Et non une majorité virtuelle qui se distinguerait par des chantages plutôt que de relever les défis de grandes questions nationales, régionales et internationales.

Par Le Potentiel



 

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