L’holocauste « oublié » et l’insouciance du Congolais (Suite et fin)

Publié le par ACOVIG association des Congolais pour la justice

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L’insouciance et l’inconscience peuvent se fabriquer à travers l’école, l’université, les médias et certaines rencontres multiculturelles. Elles ne sont pas une génération spontanée. D’où la nécessité des alternatives dans tous ces domaines.  Tel est l’objet de cette deuxième partie de notre article.

En lisant le journal Le Potentiel de ce matin (10 mars 2011) et plus particulièrement l’article intitulé « Nouveau rebondissement au Congrès américain. 5 millions de morts de l’Est : un « holocauste oublié », j’ai eu l’impression de ne rien comprendre à la conclusion à laquelle aboutit son auteur. J’en ai discutée dans la première partie de cet article.

Dans cette première partie, j’ai tenu surtout à ouvrir les yeux de l’auteur sur les actions diverses et diversifiées que mènent les Congolais(es) ; seuls ou avec leurs amis pour que l’amnésie ne plane pas sur  « l’holocauste » que notre pays connaît  depuis   la guerre dite de libération jusqu’à ce jour. (Et même depuis la traite négrière.) J’ai aussi dit mon désarçonnement vis-à-vis de cette tendance au mépris de soi qui transparaît à travers une certaine approche des questions face auxquelles notre peuple est confronté. La réduction facile des Congolais au Congolais gomme les efforts de plusieurs d’entre nous déploient pour que notre pays cesse d’être une vallée de larmes et fait du Congolais le prototype du citoyen insouciant et/ou inconscient. Que la prise de conscience de la mort provoqué par ledit « holocauste » soit plus forte chez les uns que chez les autres ; et qu’il y en ait même pas chez certains d’entre nous, cela n’est pas une spécificité congolaise. Et pour des raisons évidentes.

 

J’en donne quelques-unes. L’inconscience ou l’insouciance se fabrique à travers l’école, l’université, les médias et certaines rencontres multiculturelles.  Quand dès le bas âge, les enfants congolais sont convaincus  que leurs ancêtres sont des « gaulois » et que malgré notre indépendance nominale, notre pays n’arrive pas à doter nos écoles d’un programme national fondé sur la diversité de nos cultures et nos valeurs, cela peut induire une perte d'identité, terrain fertile pour tous les complexes dont le complexe d’infériorité que les diplômes universitaires auront du mal à combattre. Aussi est-il important de souligner la prise en otage de l’université (par laquelle plusieurs d’entre nous sont passés) par la pensée ultralibérale vantant à tort et à travers les bienfaits du capitalisme sauvage. Prenons un exemple. Plusieurs économistes et politiques Congolais ne cessent de brandir les bienfaits de la macroéconomie même quand celle-ci ne contribue pas à la promotion des droits sociaux, économiques et culturels. Ils parlent de la croissance à X chiffres sans qu’ils se posent la question de savoir si cette croissance permet que la justice sociale mise en pratique.

Sur cette question, Susan George et Joseph Stiglitz ont écrit des livres représentant un intérêt certain. Le titre et le sous-titre du livre de Susan George (franco-américaine) est suffisamment explicite : La pensée enchaînée. Comment les droites laïque et religieuse se sont emparées de l’Amérique. Ce livre publié en 2007 trouve un écho dans celui de Joseph Stiglitz intitulé Le triomphe de la cupidité publié en 2010. Dans ce livre, cet ex-conseiller en matière économique de Bill Clinton remet en question la science économique, en appelle à sa réforme et critique sévèrement « les batailles macroéconomiques » dans un chapitre intitulé « Réformer la science économique ».  Joseph Stiglitz en appelle même à l’avènement d’une nouvelle société américaine en indiquant ce qui suit : « La conjonction du modèle individualiste et du fanatisme du marché a changé non seulement l’image que les gens avaient d’eux-mêmes et leurs préférences, mais aussi leurs rapports entre eux. Dans un monde d’individualisme acharné, la collectivité n’est guère utile et la confiance ne sert à rien. » (p.457)  La conjonction du modèle individualiste et du fanatisme du marché a conduit, aux USA, au triomphe de la cupidité.

Evoquer l’enchaînement de la pensée par le capitalisme du désastre et le triomphe de la cupidité aux USA permet de savoir sur quel fond social et politico-économique le dossier rebondit au Congrès Américain.

Qu’il y ait quelques Américains soucieux du dossier Congolais, comme l’indique l’auteur de l’article que je relis, c’est une bonne chose.  Mais quel peut être leur poids eu égard au fond sur lequel les questions sont traitées aux USA ? Voilà une question qui mériterait de sa part une certaine attention.

Il me semble important, pour certains journalistes Congolais, d’approfondir, tant soit peu, la connaissance de l’Occident capitaliste.  Apprécier un acte isolé, en passant, en dénigrant ses congénères pris en bloc, peut trahir un cœur et un esprit mangés par le capitalisme sorcier. Cela d’autant plus que les médias participent de la fabrication de l’opinion sur les évènements et sur les humains. Une connaissance approximative de l’Occident capitaliste et prédateur peut conduire à véhiculer des clichés confortant inutilement chez certains compatriotes le complexe du « soumis » et/ou d’infériorité. Des rencontres multiculturelles qui ne sont pas des rendez-vous du donner et du recevoir peuvent aboutir au même résultat.

Une autre école, une autre université et des médias alternatifs sont nécessaires à l’avènement d’un autre Congo et même d’un autre monde où la pratique de la multipolarité battrait en brèche la référence aux « classiques maîtres du monde ».

Jean-Pierre Mbelu    

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