Evaluation bâclée du processus électoral : La CENI s’octroie un satisfecit

Publié le par ACOVIG association des Congolais pour la justice

(Le Potentiel 21/04/2012)

Fuite en avant, l’évaluation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a accouché d’une souris. Aucune réponse conséquente n’a été formulée à toutes les attentes. Pourtant, tous espéraient que la rencontre serve de prétexte au recadrage des choses afin d’éviter un nouveau crash électoral et réunir les conditions d’un atterrissage en douceur du processus électoral. La CENI a refusé de s’amender, après tant de dégâts causés à l’organisation des élections entachées d’irrégularités et erreurs flagrantes. Trouvant dans le gouvernement sortant le bouc-émissaire, le bureau de la CENI s’est octroyé un satisfecit !

Toute honte bue, la CENI pense tourner tout le monde en bourrique. Elle croit s’être tirée d’affaire en organisant une auto-évaluation en lieu et place d’un audit en bonne et due forme attendu aussi bien par le peuple congolais que par les partenaires au processus électoral. Son bureau a refusé de faire amende honorable, à savoir démissionner purement et simplement.

En clair, les conclusions auxquelles sont arrivés les participants après plus d’une semaine d’échanges indiquent que l’on est passé à côté de la plaque. Dans le fond, l’évaluation n’aura été qu’un simple exercice protocolaire destiné, sans doute, à la consommation extérieure ; sinon à amuser la galerie. Personne n’a tenu à aller jusqu’au bout. La transparence ne semble pas être le fort du bureau dirigé par le pasteur Daniel Ngoyi Mulunda. Jeudi 19 avril, à la cérémonie de clôture de ces travaux, la presse indépendante, acquise à la cause de la transparence et de la vérité, vouées aux gémonies par la CENI, a été interdite d’accès dans la salle. Le pasteur-président a fait le compte-rendu de son auto-évaluation, avec exclusivement, ceux qui sont sensés rendre les faits suivant l’orientation qu’il leur donne.

Et pourtant, ces assises avaient été voulues comme une occasion pour différents partenaires impliqués dans le processus électoral de faire une évaluation sans complaisance du travail réalisé à mi-parcours par la CENI.

Que retenir du travail initié par la CENI ? Pas grand-chose, commente-t-on dans certains milieux. L’évaluation a plutôt accouché d’une souris. Pendant plus d’une semaine, les discussions se sont concentrées sur des questions périphériques, non essentielles. Les interrogations soulevées à l’ouverture desdits travaux, par le même Ngoyi Mulunda, n’ont pas été abordées. Il s’agit notamment du traitement chaotique des candidatures, de la cartographie complaisante, de la surcharge des listes électorales, du nombre élevés des omis sur les listes électorales, du désordre et du clientélisme constatés dans les Centres de compilation des résultats, du nombre élevé des non enrôlés, du retard dans la distribution du matériel électoral et de l’épuisement des bulletins de vote dans certains bureaux de vote. A toutes ces vraies questions, rien n’a été dit.

Grande est la déception de la majorité des Congolais ainsi que des partenaires. Au lieu d’une véritable remise en question, la parade a consisté à énoncer un chapelet de bonnes intentions, avec en prime de belles promesses pour l’avenir. L’évaluation «sans complaisance» promise à l’ouverture n’aura été qu’un effet d’annonce. Il ne pouvait en être autrement selon des observateurs neutres. «C’était prévisible», insinue un diplomate en poste à Kinshasa.

De l’avis de Ngoy Mulunda, cette évaluation ne devait pas se transformer en «tribunal» pour condamner qui que ce soit. De même, rappelait-il, l’évaluation n’était pas censée remettre en cause l’ordre établi, c’est-à-dire la composition actuelle du bureau de la CENI. Selon lui, l’objectif de l’atelier était de faire le point sur les activités réalisées afin de permettre à la CENI d’améliorer la gouvernance, lors de prochaines étapes du cycle électoral. C’était tout dire.

Dans son espace, loin de toute forme de condamnations, cet atelier d’évaluation devait juste rester «un espace de libre expression pour que tous les problèmes majeurs qui ont entaché les élections de novembre dernier soient examinés en toute honnêteté et d’une manière constructive en vue d’y trouver des solutions». Qu’est-il sorti de cet espace de libre expression ? Rien qui vaille, si ce n’est que des péroraisons liées aux déplacements effectués à l’étranger pour découvrir qu’il est normal que les élections soient entachées d’irrégularités et de fraude. Or, une sagesse dit que comparaison n’est pas raison.

Par ailleurs, le pasteur-président s’est employé à acculer le gouvernement sortant en le faisant porter le chapeau de tous les ratés. La belle excuse ! Belle échappatoire pour se dédouaner et réduire à néant son propre rôle joué dans le déroulement du double scrutin du 28 novembre qualifié par tous de «catastrophe». Ngoyi Mulunda et ses pairs du bureau, y ont trouvé un prétexte pour s’octroyer un satisfecit qui ne peut être autrement interprété que par ceci : «le chien aboie, la caravane passe». Pince sans rire, ils n’ont pas caché leur détermination à ne point quitter la direction de cette institution d’appui à la démocratie.

SAUT DANS LE VIDE

C’est à un véritable saut dans le vide que Ngoyi Mulunda et les siens convient les Congolais. L’impasse est bien là. Tous les acteurs sont unanimes : les élections étaient entachées d’irrégularités et d’erreurs. La culture de la démission n’étant pas congolaise, ceux qui en sont les auteurs estiment qu’ils méritent de la Nation, primes et reconnaissance. Pilule amère que les Congolais n’acceptent pas d’avaler.

Le nouveau Parlement a du pain sur la planche. Il doit revoir les textes régissant la CENI et revisiter la philosophie adoptée lors de la législature passée s’il espère gagner en crédibilité. Comme le stipule la Constitution, la CENI doit être principalement une affaire des indépendants et non des personnalités intéressées directement par les scrutins.

La confiance publiquement retirée au bureau de la CENI appelle à une restructuration en profondeur. Dans ce pays, il est temps que la transparence dans l’organisation des élections impose aux perdants de féliciter les gagnants, sans nécessairement que l’ordre public soit troublé. C’est à cette démocratie que tous les Congolais s’attendent et souhaiteraient la voir se matérialiser.

La requalification du processus électoral est subordonnée aux recommandations formulées par toutes les missions d’observation d’élections, notamment l’audit sans complaisance de la CENI, sa restructuration, c’est-à-dire la recomposition de son bureau.

Par Le Potentiel

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