Accord «KABILA» - KAGAME : NKUNDA en remplacement de NTAGANDA !

Publié le par ACOVIG association des Congolais pour la justice

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imageLaurent NKUNDA

 

Kinshasa et Kigali se seraient mis d’accord sur le principe de l’arrestation du général Bosco Ntaganda. Mais,l’épineuse question de trouver son remplaçant et le moment propice pour l’arrêter se poserait encore. Kigali ne peut se risquer de lâcher Bosco pour le moment au risque de voir les FDLR progresser rapidement vers les frontières poreuses entre les deux pays. Nos sources indiquent que Kagame aurait exigé qu’un remplaçant valable de Bosco soit trouvé avant d’envisager quoi que ce soit. C'est-à-dire qu’il faut trouver un autre officier capable de récupérer les ex-CNDP pour le compte de Kigali. Son dévolu aurait été jeté sur Laurent Nkunda. ce qui n’arrange pas du tout Kabila pour le moment. Faire revenir Laurent Nkunda aux affaires serait un suicide pour le régime Kabila qui tente de colmater les brèches ouvertes par sa politique d’alliance sans limite avec Kagame.

Lors de son récent séjour à Goma, Joseph Kabila a révélé ses intentions de vouloir traduire le général Bosco Ntaganda en justice.

« Au nom de la paix », il ne s’oppose plus à l’arrestation de ce général recherché par la justice internationale. A défaut de le livrer directement à la CPI, Kinshasa envisagerait de le faire juger, avant tout, par les juridictions de la RDC. « Nous pouvons nous mêmes arrêter Bosco Ntaganda car nous avons cent raisons de l’arrêter et de le juger ici au pays », a affirmé mercredi 11 avril le chef de l’Etat congolais, Joseph Kabila, en séjour à Goma (Nord-Kivu). C’était au cours d’un entretien avec les différents représentants de la société civile à l’Hôtel Ihussi. Selon Joseph Kabila, cité par Radio Okapi, «les crimes que Bosco Ntaganda a commis ici au pays ne nécessitent pas son transfèrement à la CPI ».

S’agit-il d’un divorce entre ces deux complices du «rétablissement de la paix» au Nord Kivu ? Difficile de l’affirmer à l’état actuel des choses.

Bosco Ntaganda a, à la fois, protégé le pouvoir Kabila et servi les intérêts de Kagame au Nord-Est de la RDC. Il en sait trop sur Kinshasa et Kigali pour pouvoir être lâché sans, au préalable, des mesures de précaution.

«Il a commis des crimes dans la province du Nord-Kivu et à Goma. Il sera jugé à Goma», a dit Joseph Kabila, cité par Reuters.

Deux semaines avant cette déclaration de Joseph Kabila, la panique était générale au sein de la population du territoire de Rutshuru. Et pour cause, l’annonce, la nuit du dimanche au lundi premier avril 2012, du retrait des soldats ex-CNDP des camps militaires (avec armes et munitions) sur ordre du général Bosco Ntaganda. Bien avant cela, la veille, Bosco lui-même avait fait mouvement de Goma vers Kitsanga. Les ex-CNDP avaient ainsi vidé les camps militaires de Kabira, Rugarama et Mugogo pour faire mouvement vers Rutshuru-centre, rejoindre le grand camp militaire avant de se diriger vers la forêt de Runyoni au pied des volcans faisant frontière avec le Rwanda. Ceux des camps militaires de Rubare, Nyongera et Kitshanga avaient remonté vers Tongo pour rejoindre le grand camp militaire de Rumagabo afin de se déployer dans la forêt au bas du volcan Sabinyo.

Ces retraits, ajoutés aux désertions en cascades enregistrées ces derniers temps dans les rangs des FARDC ne pouvaient qu’inquiéter les populations locales.

La rumeur sur l’éventuelle arrestation de Bosco Ntaganda aurait été a la base de ce mouvement des troupes, avait tenté d’expliquer certains milieux proches de la région militaire de Goma. C’est le passage du vice-premier ministre belge et ministre des AE M. Reynders à Kinshasa qui aurait fait monter la tension dans le camp de Bosco. L’on croyait savoir que ce ministre belge avait réussi à convaincre Kabila de la nécessité de faire arrêter Bosco afin de récupérer la confiance de la communauté internationale après des élections bâclées qui ont fragilisé son régime.

Et le général Bosco Ntaganda a voulu précéder les évènements en faisant une démonstration de forces dont il serait capable d’actionner au cas où l’on tenterait de l’arrêter. Le lundi 02/04 sur Goma, il avai organisé une démonstration de forces en faisant circuler, dans les artères de la ville, une vingtaine de jeeps bondées de soldats rwandophones lourdement armés de lance-roquettes et des mitraillettes : ce qui avait suffit pour faire paniquer toute la ville et se environs.

Laurent Nkunda en remplacement de Bosco Ntaganda ?

Kinshasa et Kigali se seraient mis d’accord sur le principe de l’arrestation du général Bosco Ntaganda. Mais,l’épineuse question de trouver son remplaçant et le moment propice pour l’arrêter se poserait encore. Kigali ne peut se risquer de lâcher Bosco pour le moment au risque de voir les FDLR progresser rapidement vers les frontières poreuses entre les deux pays. Nos sources indiquent que Kagame aurait exigé qu’un remplaçant valable de Bosco soit trouvé avant d’envisager quoi que ce soit. C'est-à-dire qu’il faut trouver un autre officier capable de récupérer les ex-CNDP pour le compte de Kigali. Son dévolu aurait été jeté sur Laurent Nkunda. ce qui n’arrange pas du tout Kabila pour le moment.

En effet, le président congolais est en train de vouloir récupérer la confiance des populations congolaises qui l’ont complètement vomi.

Sa stratégie actuelle est de s’attirer la sympathie des leaders d’opposition afin de former un gouvernement d’union nationale. Faire revenir Laurent Nkunda aux affaires serait un suicide pour le régime Kabila qui tente de colmater les brèches ouvertes par sa politique d’alliance sans limite avec Kagame.

Arrestation de Bosco : une tache difficile?

Pour l’instant, Bosco détient non seulement un stock de matériel militaire conséquent mais également des troupes fidèles à lui, disposées à se battre pour le défendre. Il aurait même donné l’ordre à ses proches de le tuer au cas où la situation arrivait à se détériorer pour ne pas être arrêté vivant.

Il serait déjà entrain de faire des appels de pieds en direction de certains groupes comme APCLS, PARECO, SHEKA dans la logique d’une stratégie de mise à feu de toute la région en vue de contraindre ses ennemis de desserrer l’étau autour de lui.

Kigali a encore besoin de lui et Kinshasa n’a pas les moyens de le faire plier sans l’apport du Rwanda. Bien plus, l'armée congolaise ne sait plus le localiser.

«L'armée congolaise ne sait pas où il se trouve», a déclaré à Reuters Didier Etumba.

Le fait d’avoir osé narguer les forces de Kabila dans la ville de Goma à quelques mètres de la frontière rwandaise prouve à suffisance que les forces rwandaises n’ont aucun intérêt à l’inquiéter. Rappelons que Bosco venait de séjourner à Kigali du 16 au 18/03 sur invitation de Kagame en vue de donner des précisions sur le dossier de la cargaison de cassitérite retrouvée en Israël sans que les services rwandais ne soient au courant. Dans l’entourage de Bosco, on estime que s’il est rentré à Goma c’est qu’il a pu prouver son innocence, ou tout au moins son ignorance, sur les véritables propriétaires de cette cargaison qui devrait être échangée contre des armes apparemment pour le compte de RNC.

Afin d’éviter toute surprise, le commandement EMG-FARDC/Kinshasa vient de décider l’envoi des renforts en provenance de Kinshasa et Kisangani comprenant les militaires des régiments formés par les Belges, les SudAf et les Américains.

Les FARDC jouent à l’apaisement

Compte tenu de l’ampleur des désertions (Rutshuru, Masisi, Walikale, Uvira, Fizi, Baraka, etc….), le gouvernement congolais a préféré jouer à l’apaisement en présentant la situation comme un phénomène d’indiscipline au sein de l’armée qui devrait être résolue par des sanctions à l’égard de ces soldats récalcitrants, dont nombreux sont en train de rentrés selon une version officielle non vérifiable. Dans un communiqué publié jeudi 6 avril, le gouvernement congolais dit être préoccupé par l’insécurité qui sévit actuellement dans les provinces du Nord et Sud Kivu et qui crée une sorte de psychose au sein des communautés locales. Il appelle, à la stricte observance de la discipline militaire, les hommes des troupes indisciplinés qui érigent des barricades non autorisées et perturbent l’ordre public et la quiétude de la population. Au même moment, le commandant des opérations des FARDC à Goma a appelé tous les militaires sous son commandement à la discipline et au loyalisme.

Pour démontrer que la situation n’est pas du tout alarmante et surtout qu’elle ne relève pas d’un soulèvement des soldats rwandophones supposés avoir été intégrés sans problème au sein de l’armée congolaise, il a été demandé au CNDP (parti politique) d’intervenir à travers une déclaration politique afin de clarifier sa position. Le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) a ainsi condamné la tentative de défection de certains militaires congolais dans la nuit de dimanche à lundi 2 avril à Rutshuru. Dans un communiqué daté du 04 avril, il a mis en garde tous ceux qui tirent des ficelles pour réchauffer les esprits des militaires en vue d’une éventuelle nouvelle guerre en RDC en relevant les conséquences fâcheuses qui surgiraient d’une telle guerre dans le pays. Le CNPD a dit réitérer son attachement à l’accord de paix signé en mars 2009 à Goma. Voilà une démarche purement symbolique pour apaiser les tensions interethniques. Cela est pour la forme.

Lutte de succession autour de Bosco

Une de nos sources à Goma nous dit que la situation est tendue dans l’entourage de Bosco Ntaganda qui ne sait plus maitriser ses lieutenants. Tout a commencé avec la rumeur persistante de l’arrestation possible de Bosco par Kinshasa sur un accord tacite de Kigali après certaines modalités à convenir entre les deux capitales. Cette rumeur a suffit pour créer une psychose autour de Bosco car certains de ses collaborateurs se jugent capables d’être responsabilisés et donc de le remplacer valablement. Ils lorgnent, en quelque sorte, sur tous les avantages financiers que ce poste entrainerait logiquement. Dans ce cadre, certains officiers proches de Bosco se seraient rendus à Kinshasa en catimini pour concertation. Ces officiers pensaient que le dossier était aussi facile et que Kabila pouvait décider seul sur la personne qui remplacerait Bosco au moment opportun alors que Kigali n’avait pas encore dit son dernier mot (la pression FDLR, RNC et Alliés devenant de plus en plus forte dans les deux Kivu). Dès leur retour de Kinshasa, ces officiers ont essayé de monter des scenarios de révolte sans se référer aux ordres de Bosco qui a effectivement été pris de cours dans son propre jeu.

Jusqu'à ce jour, Bosco semble encore être supporté par Kigali et Kinshasa qui évitent un embrasement de la région en cas d’une précipitation dans son arrestation. Dans l’entretemps, il faudrait savoir comment gérer les soldats fuyards qui estiment pouvoir récupérer la situation en cas de départ de Bosco Ntaganda.

Une situation complexe

La situation n’est pas aussi simple qu’on le pense car Bosco représente non seulement un verrou de sécurité pour Kigali et Kinshasa mais surtout une assurance dans le business des minerais aussi bien pour Kagame que pour certaines autorités proches de la présidence congolaise. Il faudrait ajouter à ceci, l’espoir de tout un peuple rwandophone de Masisi et Rutshuru qui a vu son vécu quotidien se stabiliser grâce à la présence des troupes ex-CNDP ayant refusé d’être mutés ailleurs parce qu’elles devaient sécuriser leurs familles victimes des milices d’autodéfenses populaires anti-Tutsi.

A ce sujet, des leaders Tutsi congolais de Masisi et Rutshuru ont écrit un memo expliquant les raisons de leur soutien au général Bosco Ntaganda. En lisant attentivement ce memo, vous comprendrez les raisons qui ne poussent pas Kinshasa et Kigali à le transférer à la Haye car l’homme en connait beaucoup sur les deux régimes et pourrait dévoiler des choses qui compromettraient certains responsables des deux pays. Peut-être que les deux capitales vont envisager une autre manière de rendre Bosco Ntaganda moins nuisible. S’il arrivait que Ntaganda se fasse arrêter au Rwanda comme ce fut le cas de général Nkunda, le Congo attendra longtemps pour le juger.

[Le Millénaire]

 

 

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